Pérou,  Roadtrip en Amérique du Sud - 2015

Trujillo – Des voleurs très bien organisés !

Je suis arrivé à Trujillo le matin, seul, en bus, comme d’habitude. D’après les informations récoltées, n’étant pas très loin du centre, j’ai décidé d’y aller à pied.
Je me suis très vite pas senti bien dans cette ville. Après environ 10 minutes de marche en direction du centre, je croise une vieille dame locale. Elle me fixe méchamment dans les yeux et lorsque j’arrive à son niveau et me lâche un “Gringo !” en pleine face… C’était bien parti !
Mon hôtel trouvé, je me pose un moment, prends une douche et décide de sortir pour visiter le centre et manger un petit quelque chose. Trujillo est la troisième ville du Pérou par le nombre d’habitants. Cependant, son centre est assez petit et il est intéressant de s’y promener à pied autour de la plaza de Armas.

Lors de ma recherche d’un hôtel, j’avais repéré un restaurant pas cher près de la Plazuela El Recreo, j’ai donc décidé d’aller par là bas pour le retrouver. Non loin du restaurant en question, je vois une cevicheria qui m’a l’air très fameuse. En effet, il est 11h30 du matin et la cevicheria est pleine de locaux (cela ne trompe quasi jamais). Cependant, elle est bien plus chère que le restaurant que j’avais repéré préalablement (un menu à 6 soles, contre un plat à environ 20 soles).
Le ceviche est un plat de marinade de fruits de mer servie froide. Il en existe toutes sortes de variantes. Au Pérou, “le ceviche est préparé à base de poisson cru mariné dans du jus de citron, de l’ail et de la coriandre. Ce poisson « cuit » dans le jus de citron est ensuite servi accompagné de patate douce, de manioc, de maïs, le tout sur une feuille de salade.” (Wikipédia)
Ceviche péruvien.
Durant tout mon voyage, je n’ai goûté qu’un seul ceviche, à Arequipa, avec ma Couchsurfeuse. Je ne l’ai pas aimé. Ma Couchsurfeuse m’avait dit que celui qu’on avait mangé n’était pas bien préparé. Elle m’a dit que je devais aller dans une vraie Cevicheria pour goûter un vrai ceviche et que, dans ce cas, il était certain que j’apprécierais ce plat traditionnel. J’ai donc sauté sur l’occasion et suis rentré afin de goûter, cette fois-ci pour de vrai, à ce fameux plat. C’est dans ce restaurant que j’ai fait une rencontre qui m’a appris beaucoup de choses.
Plutôt que de réécrire l’histoire après environ 6 mois, je vais coller ici le texte que j’ai écrit à chaud directement après les fait. Me voici donc de retour à mon hôtel, il est environ 17 heures, je raconte ce qu’il vient de m’arriver à mes amis sur un groupe Whatsapp.

Je vais écrire ce qu’il vient de m’arriver parce que je pense que ça va me calmer un peu… Aujourd’hui, j’étais tout seul à Trujillo. J’ai fait mon petit tour comme d’habitude pour visiter la ville. J’ai trouvé une laverie et je suis allé manger. Au départ, je voulais manger pour pas cher (genre 6 soles), mais sur le chemin j’ai croisé une Cevicheria pleine de locaux. Restaurant dans lequel ils font du ceviche, une spécialité du Pérou, du poison cru dans un citron. J’avais déjà essayé une fois, mais ça ne m’avait pas plu. La couchsurfeuse avec qui j’avais essayé m’avait dit que celui-là qu’on avait mangé n’était vraiment pas bon, qu’il fallait que j’en essaie un autre. Cette Cevicheria pleine de locaux était alors le bon moment pour goûter un bon ceviche. Je suis rentré et j’ai commandé mon ceviche. Tout de suite, deux gars de la table à côté se retournent et me complimentent sur mon espagnol. Ils me demandent d’où je viens et je réponds de Suisse (alors que normalement, je dis de France). Un d’entres eux me dit alors qu’il vit en Suisse, à St-Galle et commence à me parler allemand (il a l’air de très bien connaitre La Suisse).
Je leur demande alors comment il faut manger le Ceviche. Ils me demandent si ce n’est pas plus simple que l’on s’assied ensemble afin de faire plus amples connaissances. J’accepte et prends mon sac à dos pour le mettre entre mes jambes (je ne suis pas confiant). On discute et les gars me disent d’être de Barranco à Lima et que l’un d’entre eux vit en Suisse. Ce dernier apprend le français et me demande de l’aider pour un devoir qu’il a à rendre dans ses cours. Je leur demande ce qu’ils font à Trujillo et ils me répondent qu’ils viennent ici aujourd’hui juste parce que c’est la fête de la salsa. Ils vont donc faire la fête ce soir et je leur propose qu’on y aille ensemble. Ils me disent qu’ils ont aussi des copines locales qui vont venir ce soir.
Ils me proposent d’aller boire un Pisco (alcool fort local) ensemble après le repas. Il est un peu plus de midi, j’ai déjà bu une grande bière, j’accepte volontiers. On discute de plein de choses pendant que je mange mon ceviche. Un des deux me dit qu’il vit aux États-Unis et qu’il va partir en Équateur demain pour poursuivre ses vacances. Il me précise aussi qu’il s’est fait voler dans le bus en arrivant à Lima. Il a mis son sac dans le compartiment du haut pendant le voyage et une fois arrivé, plus de sac. Il avait son passeport dedans, sa carte de crédit et d’autres choses. Du coup, il ne peut plus retirer d’argent. Heureusement qu’il a un père riche qui lui a envoyé des soles (monnaie du Pérou) par western union. Du coup, il a un sac à dos rempli de soles et cela lui fait peur. Il est obligé de prendre des hôtels un peu plus chers pour avoir une chambre à lui tout seul dans laquelle il peut déposer son sac à dos. On discute alors comme ça pendant un moment. On discute aussi des billets de banque. L’un des deux me dit qu’il est collectionneur de monnaie étrangère. Il me montre alors quelques billets qu’il a en sa possession. Je prends une photo avec mon smartphone.

Je saute sur l’occasion pour leur demander comment on peut repérer un vrai billet d’un faux. Ils m’expliquent comment faire : le bonhomme doit être visible à travers quand tu mets le billet contre une lumière, il doit y avoir un relief lorsque l’on gratte le costard du personnage. Ils me disent aussi que, ici au Pérou, il n’y a pas beaucoup de faux billet. Que les gens d’ici font surtout ce geste de vérification pour copier les États-Unis qui font ça systématiquement. Je leur explique que, du coup, je regarde moi aussi à chaque fois les billets à travers le soleil sans vraiment savoir comment voir s’ils sont vrais, nous rigolons naïvement de cela…
Une fois le ceviche fini et payé, nous partons ensemble boire notre pisco comme convenu. On prend un taxi ensemble. Je n’aime pas trop ça, j’ai peur que le taxi nous emmène dans une favela et que je me fasse tout voler comme j’ai déjà beaucoup entendu ici en Amérique du Sud. Je leur fais part de ma peur. Ils me disent que c’est vrai, ce n’est pas du tout sûr de prendre un taxi avec des inconnus ici, ce n’est pas comme en Suisse. Encore une fois, nous rigolant de tout ça avec le conducteur du taxi.

Le bar glauque dans lequel ils m’ont emmené.

Finalement, tout se passe bien, le taxi nous amène dans un bar local pas trop cher. Ce n’est même pas moi qui paie le taxi. Ma confiance en eux commence vraiment à augmenter. On commence par prendre deux bières. La discussion continue. Les gars parlent anglais, allemand, français assez bien. Je me dis alors que des escrocs ne seraient pas aussi cultivés. Effectivement, c’est triste, mais ici tu te poses toujours la question de savoir si les inconnus que tu viens de rencontrer sont des gens honnêtes ou pas. On continue alors de discuter de tout et de rien et surtout de voyages. Celui qui habite en Suisse me fait alors répondre à un questionnaire en français.

On décide de diviser par trois le pris des deux grosses bières que nous avons achetées. Je n’ai malheureusement qu’un billet de 100 soles que je sors de ma sacoche cachée sous mon pantalon. Je le tends à un des deux gars pour lui dire qu’il peut aller payer avec ça et qu’il n’a cas me rendre la monnaie. Il me montre alors le billet que je viens de lui donner et me dit qu’il est légèrement déchiré, ce qui est effectivement le cas. Je me dis alors qu’il a dû se déchirer lorsque je l’ai sorti de ma poche. Le problème, c’est qu’au Pérou, ils n’encaissent pas les billets déchirés. Il faut aller à la banque, expliquer pourquoi le billet est déchiré et tout cela prend du temps. Mes deux “nouveaux amis” me précisent aussi que pour un étranger, la démarche prend encore plus de temps pour aller échanger un billet déchiré à la banque. L’un d’entre eux me propose alors sympathiquement de prendre mon billet déchiré et de m’en donner un neuf. Il ira lui le changer à la banque le lendemain. Sachant que je pars le lendemain au bord de la mer, j’apprécie le geste et accepte son nouveau billet et le range dans mon porte-monnaie.
Le gars qui part en Équateur me demande alors quelle est la devise de ce pays (car il part demain matin, juste après la fête de la salsa). Je lui réponds que je ne suis pas sûr, mais que je crois que là-bas, tout se paie en $US. Il ne me croit pas et appelle un ami qui vient d’y voyager.

Là, il tombe des nues et dit qu’il ne savait pas que c’était le $US en Équateur. Il rajoute que lui n’a que les soles que son père lui a envoyés (vu qu’il s’est fait voler dans le bus et qu’il n’a plus de carte de crédit). Il réfléchit alors, appelle les banques qui lui disent que c’est mort, qu’il n’a aucun moyen de changer ses soles en US dollars. Il dit qu’il doit partir demain matin et qu’il doit impérativement trouver un moyen de changer ses soles en dollars. Il me demande alors combien de temps je vais encore rester au Pérou et si ça vaut la peine pour moi de changer des dollars en Soles. Je lui dis que je n’ai pas de dollars. Il me demande alors comme service qu’on ait ensemble à la banque pour que je retire 200 $ et que lui me donne 660 soles en échange (puisqu’il en a beaucoup que son père lui a envoyé). À ce moment, je ne leur fais pas 100 % confiance, mais je me dis que s’il me donne les soles avant, il n’y a pas trop de risque. Je vais alors à la banque avec lui et retire 200 $. On retourne au bar et lui, il part à l’hôtel en taxi pour chercher ses soles. Ensuite, nous faisons la transaction. Je vérifie bien plusieurs fois qu’ils sont vrais en regardant qu’il y a ce satané petit bonhomme au travers. Je compare minutieusement chaque billets avec celui que j’ai dans mon porte-monnaie. Les billets me paraissent vrais, je lui donne les 200 $. J’ai l’impression qu’ils m’ont arnaqué d’environ 20 soles sur le tôt de change, mais je veux bien leur offrir ça. Ensuite, on discute encore un moment, on convient d’aller se changer à l’hôtel et de se revoir dans 30 minutes.

Mes deux “nouveaux amis” et moi.

À pêne arrivé à l’hôtel, je prends un autre billet de 100 $ que j’avais dans ma valise et je vois directement qu’ils ne sont pas pareils. Le petit bonhomme ressort moins et le truc qui devrait briller ne brille pas. Là, je comprends que je me suis fait voler 200 $ et que mes soles sont des faux. À ce moment, tout devient clair. Le billet de 100 soles qu’ils m’avaient échangés quelques heures auparavant était un faux aussi.

Un vrai billet à côté d’un faux (le vrai est à droite).

C’est eux qui l’avaient déchiré pour pouvoir me l’échanger avec un des leurs. Tout a été organisé du début à la fin pour me voler. Chaque fois que j’allais aux toilettes, je prenais mon sac à dos avec moi. Il contenait mon appareil photo. Je me souviens qu’ils m’ont fait plusieurs fois la remarque comme quoi je pouvais laisser le sac vers la table, qu’ils n’allaient pas me le voler. Heureusement que je ne l’ai pas fait. Sinon, ils m’auraient aussi volé ma caméra. Ils ont aussi pris plusieurs fois mon téléphone portable pour soi-disant discuter avec un de mes amis sur Whatsapp. J’ai vu par la suite qu’ils ont supprimé toutes les photos que j’avais prises avec eux. Cependant, ces photos se trouvaient encore dans les éléments supprimés, j’ai donc pu les récupérer et les fournir à la police.
Sur le coup, je pète un plomb. Puis, je décide d’écrire toute cette histoire. Ce qui permet de me calmer. Au final, en relativisant, j’ai appris beaucoup avec cette histoire et ça me coûte moins cher que de me faire attraper à uriner dans la rue en Suisse.

Je me suis donc fait rouler comme un débutant. D’après mes retours, ça doit tous nous arriver au moins une fois. Je pense que ce ne sera pas la dernière fois. Ma façon de voyager, proche des gens locaux, ouverts à leur culture, comporte des risques. J’en ai fait les frais cet après-midi à Trujillo. Après avoir écrit cette histoire, ce qui a réellement permis de me calmer, je me suis rendu à l’accueil de l’hôtel pour raconter honteusement ce qu’il m’était arrivé. Un des membres du staff de l’hôtel m’a sympathiquement proposé de m’accompagner en voiture à la police du tourisme.
Une fois arrivé à la police. Les policiers me montrent 3 photos d’hommes différents. Sur deux de ces photos, je reconnais les deux hommes qui m’ont volé. Le policier me dit que ce sont des professionnelles. Il me dit aussi que j’ai eu beaucoup de chance, que généralement ils volent pour bien plus de 200 $ et qu’ils prennent aussi tout ce que la personne a sur elle (smartphone, appareil photo, etc.). S’en suit une très longue soirée à essayer d’expliquer en espagnol ce qu’il m’est arrivé. Nous avons ensuite parcouru la ville avec une troupe de polices pour que je leur montre les lieux auxquels je suis passé avec mes ravisseurs.
J’arrive à retrouver le “bar” ou nous sommes allés boire nos bières grâce à mes photos (le smartphone enregistre les coordonnées GPS du lieu où a été prise la photo), à mon sens de l’orientation et à un peu de chance.
Devant le bar en question, avec la police du tourisme.
Les policiers rigolent en voyant ce lieu miteux. Ils me disent que la prochaine fois, si je veux aller dans un bar, il faut que j’aie avec eux. Ils me présenteront des lieux plus sympathiques que ce “trou”.
Bref, j’aurai en tout passé environ 4 heures avec des voleurs et à peu près le même nombre d’heures avec la police pour ma première journée à Trujillo. Les policiers ont dit qu’ils m’appelleraient s’il y avait du nouveau dans l’affaire. Je n’ai jamais eu de nouvelle.

Visite des ruines Chan Chan et départ pour Puerto Chicama

Le lendemain, je suis allé visiter le site archéologique de Chan Chan au nord de Trujillo. Pour ce faire, je prends un colectivo (petit bus local) que doit m’emmener devant le site. Au moment d’entrer dans le bus, je demande si je peux m’asseoir (il y a une place de libre) à côté d’une femme locale. La femme me regarde et me répond : “non, la place est déjà prise” (en espagnol). Je dois argumenter pendant plusieurs minutes, les locaux se disputent entre eux. L’une dit que la ville à besoin de touristes comme nous dans la ville pour vivre, l’autre dit que les touristes n’ont cas prendre les taxis pour aller voir les ruines. Bref, je ne suis pas le bienvenu dans ce bus… et dans cette ville non plus d’ailleurs. Vivement que je m’en aie !
Je dois avouer que je n’avais pas réellement le moral pour ces ruines, j’ai fait quelques photos que voici et je suis parti à Puerto Chicama pour quelques jours de plage et de surf !

Enseignant d'éducation physique, de mathématiques et d'informatique, je suis passionné par les voyages. Dès que j'en ai l'occasion, je prends mon sac à dos et mon appareil photo afin de m’envoler découvrir de nouveaux horizons.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :